Brindavoine a le trac.
Sémiramis lui souffle les notes,
mais ce n'est pas un trou de mémoire,
plutôt la crainte de ne pas être à la hauteur.






Si la nuisette de Philomène voile à peine
ce qu'elle est censée cacher,
c'est aussi pour laisser à peine entrevoir
ce qu'elle est censée voiler.
L'art du trouble jeu.







Astrakan interprète un air de son pays.
Depuis la rue, le vent porte jusqu'à lui
le bruit du feuillage des bouleaux,
comme un appel lointain venant du passé.
Jusqu'à lui et pour lui seul.






Colin relit la lettre de rupture envoyée par Philomène.
La jeune danseuse récupérera ses affaires chez lui.
"Si au moins elle pouvait récupérer aussi tous les sentiments
que j'ai pour elle, ça me débarrasserait le cœur" songe-t-il.





Les livres sont de vrais envahisseurs.
Et ils savent s'accrocher à leur territoire.
Thibaut avait la ferme intention de faire le vide
quand il se mit à relire un vieil almanach des heures durant...
pour finalement tout remettre à sa place
et envisager le classement une autre fois.






En état d'ivresse, Gorgibus perd la tête
et le sens des valeurs.
Une envie irrésistible lui vient d'aller
se coucher dans le lit d'un fleuve.
Heureusement, dans cet état,
il lui sera impossible de trouver le chemin.






Camille attend son audition.
Sous l'œil inquisiteur de sa mère,
elle écoute l'air de violon exécuté à la perfection
par le candidat précédent. Elle serre ses partitions,
fébrile, et jette un regard vers la cour du conservatoire,
mesurant les froids espaces de ce monde.






Thibaut est scribe traducteur.
Il est le dernier à pouvoir déchiffrer
une langue ancienne qui remonte à la nuit des temps
et qui s'éteindra bientôt dans l'oubli.






En total état d'ébriété,
Gorgibus essaie de retrouver ses esprits
en jonglant avec ses souvenirs d'enfance,
mais sa tête est toujours sans dessus dessous.




Brindavoine est viré de l'orchestre
par le contrebassiste qui jouait en contrepoint.
Il a voulu trop bien faire et a trébuché sur un faux accord.
Trop ambitieux, le Brindavoine !
Et l'ambition est bien la seule condition
à remplir pour connaître l'échec.






Toujours en état d'ébriété, Gorgibus,
après d'innombrables acrobaties,
parvient enfin à remettre sa tête à l'endroit.






Brindavoine interprète un air suranné,
moins pour réclamer l'offrande des passants
que pour se protéger du chaos qui l'a mis à la rue.






Colin récolte dans sa mémoire
quelques moments partagés avec sa disparue.
Aujourd'hui, ces souvenirs le démangent
comme un bouquet d'orties.
Et ces démangeaisons lui rappellent
à quel point la seule manière d’apprendre
à connaître vraiment les sentiments
amoureux est d’en souffrir.






Astrakan essaie d'apprivoiser dans ses souvenirs
le souffle du vent à travers le feuillage des bouleaux,
si évocateur pour lui, mais si difficile à traduire en musique.
Un son, nostalgique et prenant,
qui laisse planer une atmosphère de mystère.





Une rupture sentimentale de plus pour Philomène
qui se demande si son amour le plus durable
ne sera finalement pas elle-même.






Cette fois, Seamus a trop forcé sur la dose.
Il attend la fin du tour de manège qui s'agite dans son crâne.
On lui conseille d'arrêter. Mais il ne s'arrêtera pas :
"le cercle vicieux est une forme géométrique parfaite...
parce qu'infinie!" répondit-il, la bouche en cœur, prêt à vomir.






Entre deux traductions, Thibaut esquisse le portrait
de sa voisine à la terrasse d'un café.
Philomène fusille du regard cet opportun
qui cherche à voler son âme.
Et si elle lui piquait son livre en échange ?






Dans le noir, Brindavoine ne voit pas Seamus,
avachi sur son bout de trottoir,
qui lance un cri d'alerte avant d'être piétiné.

- Mais que fais-tu sur mon chemin ? lui répond Brindavoine.
- Ton chemin ? T'as de la chance d'en avoir un.
Moi, le mien s'est arrêté là.





Philomène ne lâchera pas Thibaut
tant qu'il ne rendra pas le portrait qu'il a esquissé d'elle.
Paniqué, Thibaut cherche à fuir,
avec cette fille de papier au demi-sourire apaisant.

L'esprit embrumé, Seamus livre les détails
de sa vie moribonde sur un ton plaintif
à Brindavoine qui lui montre le chemin en suivant
les taches de lumière projetées par les lampadaires.
Curieusement, Brindavoine a envie de rire
en écoutant les gémissements de Seamus.

- Ce doit être un mélancomique, se dit-il.





Philomène offre un café à Thibaut.
Elle espère ainsi récupérer son portrait, mais il refuse,
tout en la dévorant des yeux. Son regard est si intense
que sa vie semble en dépendre.






Seamus, défoncé, n'est plus maître de ses pas
dans cet escalier envoûtant qui l'a pris au piège :
les marches sont de plus hautes...
qu'il monte ou qu'il descende.






Brindavoine poursuit son chemin d'infortune.
Son ombre tourne autour de lui dans le sens inverse
des aiguilles d'une montre. Si seulement cela lui permettait
de remonter le temps, vers son insouciante jeunesse.






Thibaut accepte de rendre à Philomène
le portrait qu'il a esquissé d'elle en échange
d'un rendez-vous. Elle s'en va
et il en ébauche aussitôt un autre
qui lui paraît dénué d'intérêt.
Il a trop regardé la vraie Philomène
qui a totalement anéanti la magie du dessin.
Reste son parfum, comme un soupçon de regret.






Le manège ralentit. Une petite pierre ronde
dans la bouche pour estomper sa soif,
Seamus se pétrifie. Il essaie de s'arracher
à l'effet de pesanteur mais s'érige lui-même en obstacle.






Chaque matin, sur le quai de la gare,
Silvestre, inspecteur des travaux finis,
aime couvrir Philomène de son ombre, discrètement.
Ainsi elle peut lire son journal sans être génée
par les rayons du soleil. Pour sa part,
elle ne s'est jamais doutée de rien.






Clarisse et son élevage d'escargots.
Les plus aventureux bavent de plaisir
en glissant sur ses orteils. Frissons garantis.





Chaque matin, dans le train,
Silvestre aime contempler discrètement Philomène.
Gênée, elle voile parfois une partie
de son visage avec ses cheveux.
Façon de lui faire comprendre
que le spectacle est fini, qu'on tire le rideau.
Mais Silvestre s'en fiche parce qu'il voit
son reflet dans les tunnels.






Alméria a triplé de volume
depuis son traitement à la cortisone.
Elle ne peut plus s'extraire de son deux-pièces
et seul Lubin prête attention aux airs d'opéra
qu'elle chante toute la journée
à sa fenêtre pour tromper l'ennui.





Près du stade, l'heure du rendez-vous tant appréhendé.
Thibaut entre en méditation pour calmer son angoisse,
tel un yogi, et ne voit pas Philomène approcher :
elle mesure son avancée, prudemment,
vers cette étrange chauve-souris qu'est Thibaut.







Le soir, Alméria n'est plus à sa fenêtre
pour chanter son air d'opéra.
Lubin comble cette absence en écoutant sa voix
qui lui parvient malgré tout...
et en s'imaginant qu'elle doit faire
la vaisselle au troisième acte.






Thibaut raconte : il a traduit les livres rapportés
par ses ancêtres, peuplade en exil aujourd'hui éteinte.
Il les a brûlés pour oublier cette langue morte,
faite de signes hétéroclites.
Philomène, elle, essaie de traduire le mystère
qui se cache dans ce regard éthéré,
lumineux, plongé dans un monde intérieur.





Lubin essaie d'élargir l'horizon étriqué
de sa petite vie en écoutant l'écho du vent,
au bord d'une gravière.
Mais faute de coquillage,
il entend dans une canette de bière
le rot d'un supporter venu s'échouer ici
la veille après un match.






Dans le parc, Colin vole la statue d'une muse.
Elle ressemble à son ancienne danseuse, Philomène.
Il la pend à son cou pour se jeter
au fond du premier linceul fluvial venu.






Lubin a traîné sous la pluie.
On le précipite dans un bain...
après lui avoir reproché de revenir trempé !
Mais puisqu'il retrouve ainsi la douceur des éponges...






Cette fois, Thibaut se sent vivant.
Jadis, la vie n'était qu'un simulacre.
Les livres étaient plus intenses.
Et il s'imagine aujourd'hui que l’un d’entre eux,
disparu dans l'incendie d'une bibliothèque,
racontait sa rencontre avec Philomène.
Une histoire rêvée avant d’être accomplie.






Autrefois, cette muse en marbre
impressionnait beaucoup Seamus.
Aujourd'hui, ses impressions d'enfant se sont émoussées.
Mais ces considérations ne font pas l'affaire de Colin
qui aimerait bien trouver un fleuve pour s'y noyer.






Thibaut est attiré par Philomène
parce qu'il l'aime, certes, mais Philomène n'aime Thibaut
que parce qu'elle est attirée par lui,
nuance tragique. Un drame est peut-être
en train de se jouer sous nos yeux.







Alméria interpelle des enfants.
Un air d'opéra couvre sa voix.
Ce n'était donc pas elle qui interprétait
ces chants d'une pureté infinie.
Une fois de plus, Lubin a été floué par son imagination.

Garrigue, surnommé le fou de la colline,
accoste les passantes,
mais son aspect décousu effraie...
et son champ d'action reste limité :
ses jambes de longueurs très différentes
l'obligent à vivre à flanc de coteau.






Infernale machinerie épistolaire.
Thibaut veut tout connaître de Philomène :
ses amis, ses horaires, sa tenue... Il mène un siège.
Il cherche à puiser en elle la moindre parcelle de vie.







Clarisse ne sait pas freiner en roller.
Alors elle choisit, parmi les hommes qu'elle croise,
celui qui lui plait le plus, et se jette
dans ses bras pour s'arrêter net.
Perdican est saisi par la distinction
naturelle de sa silhouette féline :
une aura mystèrieuse avec le frisson de la beauté.





Lubin a emprunté une encyclopédie médicale
dans la bibliothèque de son père.
Il se cache au fond de son lit
qui ressemble à un coquillage.
Il essaie de déchiffrer les illustrations,
véritables cartes au trésor.
Le voici parti à la découverte
de l'anatomie féminine.






Colin retient son souffle :
il risque sa vie en prenant un raccourci
dangereux pour aller se noyer.






Les parents de Camille enferment
leur fille dans sa chambre-cagibi.
Elle a l'impression d'être un condiment
mis en boîte sans date limite.
Chez elle, tout ce qui n’est pas autorisé est interdit.
Et tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire.






Thibaut a envoyé ses photomatons à Philomène
qui ne sait quoi penser de son regard incandescent
(sous l'effet du flash ou de la tuberculose?).
Et que dire de ce portrait multiplié
par quatre pour atténuer son effet terrifiant ?






Des zones minuscules, à peine visibles,
deviennent des lieux immenses au toucher.
Perdican promène son index
le long des courbes de Clarisse,
arrive dans une impasse au talon,
rebrousse chemin
et trouve une issue près des reins
avant de s’égarer autour du nombril.






Silvestre et Camille se connaissent de vue
et souhaiteraient se rencontrer.
Ils profitent de la promenade des chiens
pour tenter une approche
mais la hargne des cadors mène l'opération à l'échec.






Colin veut toujours aller se noyer
avec le buste de son ex-dulcinée.
Il traverse le cimetière et rencontre Gorgibus
qui a passé plus de temps avec le souvenir de sa femme
qu'avec sa femme elle-même :
pour lui, elle reste en vie telle une étoile morte
dont la lumière lui parvient encore.