Au retour du cours de gym, le prof siffle un arrêt au passage piétons
mais Lubin, pris dans son élan, est trop désireux de franchir
le canyon du Collorado à pieds joints.





Thibaut poursuit sa correspondance
assidue avec Philomène.
Il sent qu'elle lui échappe
et il cherche à prendre au piège ses sentiments.
Partie subtile, flou des manoeuvres,
avances et replis : l'équivoque s'installe.






La fuite de Lubin est comme un coup de feu tiré
avec rage dans la plaine. Et plus rien ne l'arrête.
Lui, le frêle, se découvre d'étonnants pouvoirs.
Il franchit les bassins gelés, aussi léger qu'un souffle en hiver.
Il traverse les grilles, aussi fin qu'une étincelle.





Philoméne reçoit la lettre du jour de Thibaut
qui déploie son filet charmeur tout au long de ses pages.
Naguère ensorcellée par ses fines arabesques,
elle ressentait ses phrases comme de petites flammes ardentes.
Aujourd'hui, elles lui paraissent glacées.






Silvestre se fait passer pour un client
et téléphone incognito à sa collègue, Mélissandre.
Juste pour avoir le plaisir de se faire bercer par sa voix.
Et si possible décrocher un rendez-vous.
Mais sa timidité rend sa voix à lui si fluette
que Mélissandre l'appelle Mademoiselle.






Perdican marche sans ses lunettes
parce qu'il y a beaucoup de types violents
dans son quartier qui s'en prennent aux binoclards.
Comme il n'y voit rien, il se sent agressé.
Il est sur la défensive. Alors on lui trouve
un air énigmatique et insolent.





Pendant sa course folle, Lubin a franchi tous les obstacle,
mais sa fugue se termine sur cette plage,
face à l'océan. Impasse ouverte,
comme un immense point d'interrogation sur son avenir.







Philomène est furax.
Elle en a marre de se faire reluquer
tous les matins par Silvestre
(surtout le lundi où elle n'est pas d'humeur).






Brindavoine joue un air pour Alméria
qui chante pour la première fois.
Trop de lyrisme : elle force sur ses cordes vocales.
Sa voix se brise... ainsi que son rêve de cantatrice.






Gorgibus voit réapparaître sa femme morte.
En fait, c'est lui qui lui réapparaît :
il ne sait pas encore qu'il vient de mourir,
sans doute à cause du froid, et qu'il est passé
au royaume des ombres.



Dans une salle d'attente. Silvestre est subjugué
par le sourire espiègle de Clarisse.
Clarisse est subjuguée par le regard translucide de Thibaut.
Thibaut est subjugué par le mouchoir à carreaux
qui sort négligemment de la poche de Silvestre.






Garrigue, l'épouvantail de la colline,
effraie la minuscule Mélissandre, au détour d'un chemin
qu'elle emprunte tous les soirs pour retourner chez elle.
Ses longs bras empaillés semblent prêts à commettre un meurtre.
Ils s'ouvrent juste pour l'inviter à danser.






Philomène montre les lettres de Thibaut
à son amie Clarisse.
Elle n'a plus le courage de les lire.
Après tant d'incandescence,
les mots semblent se réduire en cendres.
Elle décide d'en finir avec la mansuétude
dont elle a fait preuve à son égard
et ne sait pas comment le lui faire comprendre.





Mélissandre prépare une potée.
Maître Astrakan, le Tzigane, par l'odeur alléché,
lui interprète une sérénade.
Se trouvant fort dépourvu, il crie famine
et réclame de quoi subsister jusqu'à la saison nouvelle.
Mélissandre l'invite.
Sa radio est en panne et la musique lui manque.






Clarisse fixe un rendez-vous à Thibaut
pour le dissuader d'écrire tant de lettres à Philomène.
Il arrive en retard : sa montre est déréglée.
Elle en profite pour la remettre à l'heure,
avant de s'apercevoir que les aiguilles tournaient à l'envers.





Chez Mélissandre, tout est à la mesure de sa petitesse.
Astrakan s'en accommode... jusqu'au moment où il se jette,
affamé, sur la potée auvergnate qui lui paraitra
finalement aussi frugale qu'un amuse-bouche.






Le peintre Valère épuise son stock de blagues
pour maintenir les zygomatiques de Clarisse en place
et pouvoir enfin mettre sur papier la grâce de ce large sourire.
En posant, elle écrit une lettre à Thibaut afin de circonscrire
la passion incandescente du jeune homme pour son amie Philomène.






Colin, toujours à la dérive,
prêt à se noyer avec le buste de Philomène,

voit défiler sous ses yeux la preuve d'un amour parfait,
d'un couple inséparable où l'un ne va pas sans l'autre :
Violette la cul-de-jatte, poussée par Timoclès l'aveugle,
lui-même guidé par elle.







Au lieu de dénouer l'imbroglio,
la lettre de Clarisse relance la frénésie épistolaire de Thibaut.
Il lui répond avec une lettre par jour.
Il essaie d'emprisonner sa nouvelle proie dans sa toile.
Il tisse ses phrases en s'inspirant des écrivains antiques.






Avec le briquet d'une amie du collège,
Camille provoque un incendie dans la chambre
où elle était enfermée. Alertés, les voisins parviennent
à la faire sortir. Elle fuit à perdre haleine.

Au cours d'un vernissage, Valère présente
à un parterre de critiques son ultime chef-d'œuvre :
"le sourire" !







La fugue de Camille se termine sur la plage.
Elle aimerait que les vagues l'entraînent au large
mais le reflux enfonce ses pieds dans le sable, toujours plus.






Valère contemple le sourire figé de sa toile.
Passion pour l'immobile, comme les pierres ou les œuvres anciennes.
Méfiance en revanche pour tout ce qui bouge,
comme les averses passagères qui tombent sans prévenir,
ou l'inconstance humaine (notamment celle des critiques d'art).





Camille longe la plage. Le brouillard efface la ligne d'horizon.
Elle se laisse guider par des petites traces de pas en zig-zag,
qui marquent le sable comme une écriture hésitante,
et qu'elle essaie de déchiffrer pour en deviner le fragile destin.







Clarisse entame une relation avec Thibaut
pour atténuer l'amour platonique et idéalisée du jeune homme.
Ce matin-là, chez lui, elle trouve ses traductions
et parcourt les lignes de sa petite prose désuète
tandis que lui parcourt les lignes de ses petits pieds fermes.
Chacun reste perplexe sur ce qu'il cherche à déchiffrer.





Melissandre craque. Elle ne veut plus héberger
ce musicien des gouttières : il pose ses fesses sur la table,
vide le frigo à la moindre fringale et ment constamment
(par crainte de baisser dans son estime, en fait).
Alors il lui joue son air favori et tout rendre dans l'ordre,
cet ordre qu'elle affectionne particulièrement.







Un vol dans la nuit : Valère se réveille...
le tableau du "Sourire" a disparu.
Il n'en restera qu'un souvenir.
Sa vocation de peintre est brisée.





Lubin longe la plage, dans le brouillard.
Il revient en suivant ses traces pour ne pas se perdre
et rencontre une fille malingre qui les suivait,
elle aussi, pour la même raison.





Au coin d'une rue, Valère découvre,
parfaitement encadré dans une fenêtre,
le portrait qu'il avait toujours rêvé de peindre.






C'est la nuit. Après leur fugue,
Camille et Lubin ne veulent plus retourner chez eux.
Ils brûlent les affaires qui trainent au fond des poches,
et regardent leur passé se consumer, tout en se réchauffant.

Sur les hauteurs de la ville, Perdican s'entraîne
à tirer avec une arme récupérée auprès d'un oncle antiquaire.
Il tire sur Garrigue, l'épouvantail des jardins ouvriers
qui ne s'agite qu'au passage des jeunes filles en fleurs.
Ce mort empaillé, en quête d'un souffle de vie,
encaisse le coup avec stoïcisme.






Camille et Lubin, épuisés, revivent les moments forts de leur fugue.
Puis ils sombrent dans un grand sommeil vide,
avec la sensation d'avoir vécu toute une vie en une journée.






Une fois de plus, Philomène se rend à son miroir
pour y retrouver l'image de son frère jumeau,
mort prématurément, et dont elle était très éprise.
Incapable de s'en détacher, elle cherche
à atteindre cette image et passe à travers le miroir.






Fait d'hiver tragique : deux adolescents sont retrouvés morts de froid,
blottis l'un contre l'autre, au petit matin, sur une plage déserte.






Absence de Philomène chez elle.
Colin aurait aimé la voir une dernière fois.
Elle ne répond pas.
Une légende prétend que les sirènes attiraient
les marins avec leur chant pour les noyer.
Mais leur silence est encore plus terrible.






Jaloux, Perdican a tiré sur Thibaut.
Il met ses lunettes et s'aperçoit que son rival
s'était réfugié derrière un des portraits du mobile du crime.
Puis... les lunettes embuées par de chaudes larmes de desespoir...
il plonge à nouveau dans le brouillard et la confusion.






Après un long périple, Colin surplombe
enfin le fleuve où il s'apprête à se noyer.
Il se repose un instant avant le grand pas définitif
et se rappelle les yeux de Philomène,
d'un noir si intense qu'il aurait pu s'y noyer.






A trop se regarder, Philomène reste prisonnière
de l'autre côté du miroir.
Ici, tout le monde s'exprime à l'envers :
elle ne comprend plus personne...
et, bien sûr, personne ne la comprend plus.






Convalescent, Thibaut termine la traduction
d'une tragédie qui ressemble à la sienne,
et qui lui paraît alors comme un rêve
prémonitoire impossible à conjurer.







Silvestre cherche encore l'âme sœur.
Chaque matin, à une heure précise,
toujours en avance, il croise une fille, toujours en retard.
Désabusé, il sait que ce décalage lui offre
l'occasion de la voir, mais pas de la rencontrer.



Colin, qui a raté sa vie mais veut si bien réussir sa mort,
du moins le plus esthétiquement possible,
s'est écroulé de fatigue, après sa longue marche vers le fleuve.
Mais au réveil, le buste de la jolie fille a disparu.






A l'entrée des bureaux, Silvestre envie le travail
de cet agent de sécurité qui fouille les sacs des filles
et y découvre peut-être quelques secrets bien gardés.






Mal réveillé, comme à la suite d'un long cauchemar,
Colin longe le fleuve où il avait souhaité se noyer.
Il émerge peu à peu en voyant son image
onduler sur l'eau trouble, tandis que les reflets argentés
de l'aube scintillent tout autour. Il est anesthésié.
Sa part maudite est morte dans son sommeil.






Silvestre prend son petit-déjeuner
avec sa mère qui le couve d'un regard attendri.
Elle l'a revêtu d'un polo que portait son père,
dont le portrait trône dans chaque pièce,
comme un témoin désabusé.






Habitué depuis toujours à gravir
les sommets des montagnes,
Colin l'orgueilleux fixe la ligne d'horizon,
si parfaite dans sa courbe,
inaccessible comme un rêve lointain.






Un enfant contemple le peintre
en train de contempler le portrait de son modèle
qui, hors cadre, contemple sans doute
cette scène ... en souriant.






Garrigue, l'épouvantail solitaire,
le voleur de beauté, s'endort les yeux ouverts.
Les œuvres subtilisées dans les environs
veillent sur son sommeil agité de songes improbables.










Fin